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En bref

Le projet : EDF voulait construire à Plogoff quatre réacteurs de 1 300 MW, sur 107 hectares à terre et 77 en mer.

La mobilisation : cinq ans, et une enquête publique tenue dans des camionnettes gardées par les gendarmes, parce que la commune refusait d’ouvrir sa mairie. Plus des trois quarts des habitants ont signé la pétition contre le dispositif.

L’issue : abandon annoncé le 27 mai 1981, confirmé le 3 juin, déclaration d’utilité publique abrogée par décret en décembre.

Le projet

Le 29 juin 1979, EDF demande la déclaration d’utilité publique d’une centrale de quatre tranches de 1 300 MW, à mettre en service entre 1990 et 1995 A-099. L’emprise prévue est de 107 hectares à terre et 77 sur le domaine maritime, pour un coût estimé à 13 milliards de francs A-100.

Le site est choisi par l’État et les collectivités régionales et départementales. La commune, elle, n’a pas été consultée avant que les sondages commencent.

La mobilisation

Elle commence avant le projet officiel. Les 9, 10 et 11 juin 1976, des habitants forment des barrages pour empêcher les sondages géologiques, et créent un comité de défense présidé par le maire A-103.

Le moment décisif est l’enquête d’utilité publique, du 31 janvier au 14 mars 1980. Les mairies étant fermées, l’enquête se tient dans des camionnettes baptisées « mairies annexes ». Les opposants dressent des barricades à cinq reprises, installent un berger sur le site et se retrouvent chaque soir à la « messe de 17 h » A-104. Les archives départementales comptent six semaines d’affrontements, puis 50 000 manifestants à la pointe du Raz après la clôture A-102. Plus des trois quarts de la population de la commune signent la pétition demandant le retrait des forces de l’ordre A-101.

Le rassemblement de la Pentecôte 1980, les 24 et 25 mai, réunit environ 100 000 personnes à la baie des Trépassés A-105. Il ne suffit pas : les promoteurs du projet continuent d’acheter des terrains sur le site A-105.

L’issue

Le 9 avril 1981 à Brest, le candidat François Mitterrand ouvre son meeting en déclarant que Plogoff ne figurera pas dans son plan nucléaire. Élu le 10 mai, il fait annoncer l’abandon par le ministre de la Mer le 27 mai, à la sortie du premier Conseil des ministres A-106.

L’annonce vacille aussitôt : quelques jours plus tard, le secrétaire d’État à l’Énergie parle de « gel » plutôt que d’abandon. Le communiqué du Conseil des ministres du 3 juin 1981 tranche et confirme l’abandon A-107. La déclaration d’utilité publique est abrogée par un décret du 10 décembre 1981 A-108, publié le 12 décembre A-110.

Ce qu’il est advenu ensuite

La centrale n’a pas été construite. La bergerie installée sur le site pendant la lutte est devenue un centre équestre dans les années 1990 A-109. L’État n’a en revanche accordé aucun soutien au développement d’énergies renouvelables à Plogoff A-110.

Ce que cet exemple montre, et ce qu’il ne montre pas

Il montre qu’une enquête publique n’est pas une formalité. À Plogoff, le refus de la commune de prêter sa mairie a transformé la procédure en événement national, et c’est cette séquence qui a fait entrer le projet dans une campagne présidentielle.

Il montre aussi qu’une annonce politique n’est pas une décision. Entre l’annonce du 27 mai et le décret de décembre, il a fallu une confirmation en Conseil des ministres pour lever le doute semé par un secrétaire d’État.

Il ne montre pas qu’une commune seule fait reculer un grand programme national. Plogoff a bénéficié d’une conjonction rare : une mobilisation locale unanime, un soutien régional massif et une alternance politique. Le programme nucléaire, lui, s’est poursuivi ailleurs.

Sources